mathilde vermer auteur - chronique de l'ailleurs 01

Chronique de l’Ailleurs n°1 – SE LAISSER ABSORBER PAR D’AUTRES MONDES

Je reviens d’un long voyage en Asie du Sud-Est, et je flotte encore là-bas. Dans ma tête, il y a le rouge des temples, le jaune sucré de l’ananas, les robes orangées des moines, les perroquets turquoise, les poissons argentés, et puis tout ce vert. Les plantes immenses, les arbres gigantesques, l’impression que la jungle pourrait se redéployer, engloutir le béton des villes. En moi, il y a ces nouvelles géographies, ces lieux que j’ai adoré découvrir en picorant sur les étals, ces zones de beauté ordinaire que j’ai parcouru les yeux ébahis, marchés colorés, avenues bouillonnantes, il y a cette chaleur qui a baigné mon corps, il y a ce mélange des cultures qui partout m’a obligée à être dans l’observation des visages, des graphies, des signes au coin des rues et sur les billets de banque. J’ai aimé photographier des morceaux de ce réel, j’ai aimé me perdre sur les routes, brûlée par la lumière trop blanche, j’ai aimé, au passage, oublier qui j’étais, d’où je venais.

Outre la fascination pour l’architecture, les paysages, les habitudes inconnues, je crois qu’une des choses que j’aime le plus quand je voyage, c’est d’oublier mon monde. Quel bonheur de mettre à distance le téléphone, internet, et avec eux, le flux anxiogène d’info, les questions professionnelles, les défis à relever, les to-do listes, les soucis citoyens pour l’avenir du globe. En Thaïlande, au Laos, en Malaisie, je suis étrangère, je ne connais pas tous les maux auxquels sont confrontés les habitants, je n’attrape que des scènes fugaces, je suis spectatrice de ces bouts de vie…

Spectatrice, je constate que le soleil se lève tous les matins, que les sociétés tournent encore, que les enfants jouent, que les gens savent encore sourire. Il y a comme un soulagement devant ce qui ressemble à de la normalité, comme si les drames étaient remis en perspective, remis à leur juste échelle. Finalement, la situation de notre planète serait-elle moins tragique qu’on le pense parfois ? Il y a surtout une bouffée de fraternité et de paix en contemplant ces autres humains plongés dans leur quotidien.

De retour, il y a cette distance qui continue à m’habiter. Un peu d’espace pour respirer par rapport à ce que je lis depuis mes engins connectés. C’est délicieux ce sentiment. Evidemment, ça ne durera pas… Avec cette actualité américaine, ces décisions si violentes contre les femmes, contre les immigrés, je mesure à nouveau que c’est un privilège de voyager, sans parler d’éprouver ce sentiment lié au voyage, cette possibilité de pouvoir mettre les choses en perspective. Soupir… Le bonheur exige-t-il une forme de fuite, ou du moins une dose d’évasion ?

Et vous, qu’est-ce qui vous plait quand vous voyagez ? Qu’est-ce que vous rapportez quand vous partez ailleurs ?

 

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Photo : Moines à Luang Prabang, Laos.