mathilde vermer auteur - chronique de l'ailleurs 10

Chronique de l’Ailleurs n°10 – ECONOMIE, BONHEUR ET FRONTIERES

Forcément, des élections, c’est l’occasion de discuter, évoquer les problèmes, chercher des solutions. Les sujets ne manquent pas, certains doivent attirer notre attention en priorité. Indéniablement, il y a des personnes qui vivent des situations extrêmement douloureuses ; indéniablement, il y a des réalités écologiques très graves, à prendre en considération pour assurer la survie de l’humanité, de la faune et de la flore. Notre avenir mérite de s’arrêter pour réfléchir ensemble.

Je suis frappée par l’importance, dans les débats, que prend, encore et toujours, le volet économique. Il est question de prospérité, de croissance, de compétitivité, d’emploi, de fiscalité, de dette, de mesures monétaires, budgétaires, salariales. J’entends beaucoup de souffrances, de frustrations, de revendications par rapport au système (un mot dont la définition me semble très floue) qui se transforment en exigences pécuniaires. Tout se limiterait à des questions d’argent ?

Dans notre rapport à la sphère politique, je m’interroge sur notre aveuglement général et notre immaturité collective. Oui, le quotidien est dur. Plus qu’il y a un siècle ? Je ne sais. Je crois qu’il faut toujours un courage infini et une folle détermination pour trouver sa place dans le monde, pour se bâtir une existence qui ait du sens. Je doute qu’un coup de baguette magique, un saupoudrage de billets, permette d’accéder à un niveau plus élevé de bonheur (sauf pour les gens en grande précarité – nous sommes d’accord). Le bonheur ne relève pas du politique. Le bonheur n’est pas un paquet livré à domicile, comme le serait un produit de consommation banal. Aucun politicien ne pourra résoudre tout seul ce qui doit être résolu : chacun, à son échelle, doit s’impliquer. A nous de mettre notre colère et notre énergie au service de projets plus vastes et plus constructifs. A nous de participer, à nous de contribuer, avec nos talents respectifs, à construire une société où il y a des possibles heureux pour nous, nos enfants et les enfants de nos enfants.

Je ne sais pas quelle est la voie à prendre et comment faire cela. Mais je sais, parce que j’ai étudié l’histoire, parce que j’ai posé mes pieds dans des pays dévastés par la guerre, qu’il y a des options qui conduisent à l’horreur. Il y a des options qui entravent les libertés. Il y a des options qui désignent des boucs émissaires et qui nourrissent la division. On n’arrivera à rien en se disant que c’est de leur faute, qu’il faut se protéger contre ces gens, qu’il faut fermer les frontières, se replier dans nos forteresses. Nous vivons dans un monde de flux : on peut le regretter, c’est ainsi. Nous sommes interdépendants. Nous partageons la terre, et les orages traversent les frontières. Il est nécessaire de penser des pistes avec une vision plus globale et plus généreuse. Faire le pari de la confiance, de l’espoir, de la coopération.

Moi, j’ai envie de faire ce pari là, j’affirme ma conviction que l’union nous permettra de progresser. Et vous ? Quel désir avez-vous pour la planète de demain ? Quels sont vos engagements ?

IMAGE : Henri Cartier-Bresson

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