mathilde vermer auteur - chronique de l'ailleurs 14

Chronique de l’Ailleurs n°14 – UN FRISSON VENU DE KIGALI

 Au début des années 90, le Rwanda est un pays où diverses agences onusiennes mènent des programmes de développement. Le pays a la réputation d’être calme, les programmes connaissent un certain succès. Les observateurs étrangers ne voient rien de la haine qui monte au sein de la population. Soudain, en avril 1994, tout s’emballe, un assassinat politique entraîne le déclenchement d’un génocide monstrueux, qui fera un million de morts en trois mois. Certes, il aura fallu quelques jours pour basculer vers l’horreur mais le terrain était prêt depuis longtemps.

A moins de trois jours du second tour, je dois avouer que j’ai peur. Peur de ce qui peut se passer pour cette France où je suis née, pour cette France qui a une telle influence sur l’avenir de l’Europe. J’ai surtout peur de cette violence qui est présente depuis des années dans notre société et qui cherche maintenant à se déverser. Fracture, division, rupture : ces mots parsèment le langage médiatique et envahissent les consciences. Les inégalités socio-économiques, les différences culturelles, tout devient gouffre et nourriture pour canon.

C’est ça qu’on veut ? Se détester à mort ? Lancer des émeutes ? Tout détruire ?

Au-delà du petit papier qu’on va glisser dans l’urne dimanche, il est temps pour chacun de nous de faire sa part de colibri, de contribuer à éteindre l’incendie, de trouver des voies, chacun où on est, avec les moyens du bord, pour colmater les brèches, bâtir des ponts, participer à l’espoir.

Moi, mon truc, c’est la littérature. Chaque semaine, en plus d’une chronique, je mets en ligne un poème et un tableau, choisissant des artistes qui me touchent, faisant le pari que d’autres seront touchés. Mon idée, c’est de faire circuler de la beauté, remettre de la sensibilité, permettre qu’on cultive l’empathie en se retrouvant dans des œuvres. Je sais, c’est petit. C’est ma part du colibri.

Et vous, que faites-vous ? Laissez- moi un commentaire sur ma page Facebook et faites ainsi entendre les forces positives, les forces de rassemblement, l’élan de paix qui se mobilise et qui fait fleurir de la joie.

PS 1 : La photo vient du Kigali Genocide Memorial, qui fait un boulot extraordinaire pour la mémoire des victimes et pour alimenter la paix entre les habitants.

PS 2 : Pour en savoir plus sur les initiatives des colibris, mouvement lancé par Pierre Rabhi, je vous invite à visiter leur site.