Chronique de l’Ailleurs n°32 – PARTOUT NOTRE PLANETE BRULE

La chaleur tropicale qui me fait dégouliner du matin au soir, les épices qui enflamment ma gorge, la brûlure sur ma peau des produits anti-moustiques : je n’en peux plus. Depuis quelques jours, impression d’être livrée au feu, de sentir mes entrailles rôtir, d’avoir tout mon épiderme qui grille. Pas moyen de trouver un peu de fraîcheur, d’apaiser la soif, de calmer cette hypersensibilité. Même le vert du Kerala me semble brunir. Je voudrais avoir froid et m’enrouler dans un pull…. Un rêve futile et égoïste, un rêve d’Européenne jusqu’à maintenant climatiquement protégée. Un rêve dont je mesure la fragilité.

En Asie du Sud, du côté de Bombay par exemple, ces jours-ci, il y a des inondations terribles. Ce qui signifie, comme à chaque fois, que des gens meurent, d’autres perdent tout. L’eau qui déferle est impitoyable, autant que son absence totale. Comme en juin : certaines régions ont alors connu des pics de sécheresse. A Delhi, on a enregistré jusqu’à 52 degrés. Des records qu’il est dangereux de franchir. Épuisement des nappes phréatiques, agricultures qui ne donnent plus rien. La faim rapidement balade ses griffes voraces et exige ses fantômes.

De l’autre côté du monde, en Amérique, là où certains refusent de reconnaître la réalité du réchauffement planétaire, l’histoire n’est pas tellement différente. Le Texas vit l’apocalypse sous le déluge, la Californie voit ses forêts s’embraser.

Comment peut-on nier ce qui se passe aujourd’hui sur la terre, notre maison ? Combien de temps va-t-on encore attendre la mobilisation ? Combien de temps avant de décider de faire de notre problème climatique COLLECTIF une absolue priorité ?

J’ai si chaud. J’ai si peur. Je rentre dans une semaine, j’ai hâte et en même temps, je suis inquiète. Qu’est-ce qui nous attend, nous l’humanité, dans les prochains mois ? Je suis inquiète parce que les catastrophes naturelles se multiplient, en nombre et en ampleur, et les solutions semblent limitées. Je suis inquiète parce qu’à chaque fois que je reviens de voyage, je rentre avec davantage de gens dans mon cœur, davantage de liens dans ma vie, davantage conscience que nous sommes reliés les uns aux autres, et vulnérables.

Mais, au fond, c’est peut-être pour cela que j’ai la chance de voyager ? Pour témoigner de cette humanité que nous partageons ? Pour nous exhorter à ouvrir les yeux, à agir, à changer, à prendre soin les uns des autres ? Faut-il jouer les Cassandre et rappeler que tout peut arriver, où qu’on soit ? Faut-il mentionner explicitement notre finitude, marteler à quel point nous sommes interdépendants, hurler à sans briser la voix, hurler notre nature mortelle pour qu’on ait enfin le courage de vivre ? Vivre une vie qui ait du sens, un sens plus large que bosser, manger, consommer, se distraire, dormir ? Une vie de respect, une vie de solidarité, une vie qui laisse de la place à la vraie joie, la spiritualité, la beauté ? Oui, je m’enflamme… J’ai si chaud, vous savez…

Vous, vous la voyez comment cette rentrée ? Qu’est-ce qui vous fait flamber et qu’est-ce qui vous fait espérer ? Mettez un mot en commentaire !