mathilde vermer auteur - chronique de l'ailleurs 06

Chronique de l’Ailleurs n°6 – PARMI LE CHŒUR DES FEMMES {2/2}

Il y a celle qu’on attendait, parce qu’on pleurait encore les mortes, qu’on voulait se consoler : un bébé fille, la première de cette génération, celle qui devait hériter des récits, des secrets, des rêves, celle qui aurait pour mission de transformer le plomb en or.

Il y a celle qui a senti, sans qu’on lui explique, qu’il fallait jouer calmement, ne pas déranger, grandir entre sa sœur et ses peluches, qui a vite déchiffré les mots, curieuse des chemins à parcourir, assoiffée d’intensité et d’horizons infinis.

Il y a celle qui ne savait pas, ni chanson, ni pas de danse, ni look, ni attitude, ni habileté pour parler aux autres : dans la cour, s’asseoir, observer, attendre la fin de la récré.

Il y a celle qui adorait apprendre, qui retenait tout, qui notait déjà la vie comme elle vient, celle qui, à l’école, posait des questions, réfléchissait, remarquait que pour les femmes, les gens d’ailleurs, les vulnérables, le quotidien était différent, et qui, en elle-même, décidait : moi, je ferai ce que je peux pour que ça change, je protesterai contre l’injustice.

Il y a celle qui a vécu dans les cris et les pleurs, celle qui a tenté de protéger, tempérer, résoudre, et puis il y celle qui a dit non, débrouillez-vous, celle qui a filé loin, vivre pour soi, voyager, rejoindre ses héroïnes, se glisser dans leurs traces, à son tour écrire son destin.

Il y a celle qui tombait si facilement amoureuse, ivresse de la fusion, aveuglement, élire des hommes compliqués, perdus, douloureux, les réparer, les caresser, les vouloir partenaire, et puis, souvent, les quitter.

Il y a celle qui a voulu se rencontrer, apprivoiser ses pouvoirs, regarder en face ses failles, ses doutes, sa part de méchanceté, faire sien le « connais toi toi-même et tu connaitras le monde et les dieux », trouver la paix à l’intérieur, s’ouvrir à l’extérieur.

Il y a celle qui s’est découverte rebelle, militante, une plume comme épée, prête à endosser, comme enfant, comme dans un jeu, la cape et la couronne, s’imaginer, en riant, reine à la façon Victor Hugo, empereur magnifique des lettres et de la lutte pour le progrès social.

Il y a celle qui a choisi son nom, ni celui du père, ni celui du mari, s’inventer, se placer dans la lignée d’un peintre, le Flamand, celui qui faisait dialoguer l’ombre et la lumière.

Il y a celle qui voudrait rendre les armes, faire confiance, se donner le droit d’être heureuse, essayer d’accueillir dans ses entrailles les cellules d’un petit, celle qui voudrait tout, l’amour et le travail, la création et la procréation, l’indépendance totale et l’amour qui bénit.

Il y a celle qu’elle sera demain, la même et une autre à la fois, proche de toi, de vous, proche de ses sœurs, quelque soit la couleur de leur peau, leur langue, leurs origines, rêve de sororité, rêve d’une humanité apaisée, rêve de participer à bâtir demain, meilleur.

PHOTO : Il s’agit d’une des affiches utilisées par les femmes américaines, lors de la grande marche du 21 janvier 2017.

Vous voulez me laisser un commentaire ? RDV sur ma page facebook