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Chronique de Nos Vies n°11 – GENESE D’UNE VOCATION

Spectacle de fin d’année. Les gamines répètent la chorégraphie depuis des mois. La prof a donné des instructions précises. Il faut suivre le rythme, s’assurer de faire les mouvements ensemble, un ballet harmonieux et coordonné. Les petites sont habillées de façon identique, même justaucorps, même tutu, même chignon tiré sur le dessus du crâne. La troupe de fillettes est à la fois impatiente et nerveuse. Tous les parents sont dans la salle, et même quelques cousines, les grand-mères, certaines voisines. Trac immense.

L’une après l’autre, elles rentrent sur scène, s’installent en silence, tentent de calmer les battements de leur cœur. La musique se met en route. Premiers pas de danse. Concentration, émotion, élégance. Soudain, les enfants tournent vers la droite. Mais l’une d’entre elles ne suit pas. Enfin si, elle tourne elle aussi – seulement elle s’est trompée de direction. Elle tourne à gauche. Un rire s’échappe de la salle. Un papa, sûrement, qui trouve la situation amusante.

Celle qui est partie à gauche, qui s’appelle Stéphanie, entend le rire. Elle frémit. Ah bon, son erreur fait rire ? Elle sent que ce n’est pas de la moquerie ce rire, elle sent qu’elle a provoqué ce rire, qu’elle a créé quelque chose de drôle. Alors, elle décide, du haut de ses 7 ans, d’assumer et de persévérer. Tous les mouvements désormais, elle les fait en sens inverse, exprès. Les rires se multiplient. Et Stéphanie savoure chacun de ces rires, elle savoure d’être sous les projecteurs et de faire le clown. Une vocation est née.

Cette histoire, des années plus tard, après avoir longtemps exercé le métier de comédienne, Stéphanie Richard va s’en rappeler et s’en inspirer pour écrire un livre jeunesse intitulé « j’aime PAS la danse ». La maison Talents Hauts Éditions, qui s’attaque aux idées reçues et propose des récits qui sortent de l’ordinaire, sera ravie du succès remporté par cet album illustré. Du coup, seront commandés plusieurs autres tomes, autour de personnages qui s’écartent des conventions. Il y a le môme qui n’aime pas le foot, celle qui déteste se faire belle, et va paraître, le 19 avril, un album où le protagoniste n’a aucun intérêt pour les super-héros… Chouette programme !

Pourtant, le processus d’écriture se révèle souvent douloureux. Pour écrire, Stéphanie doit se mettre dans la peau de ses personnages, évoluer en même temps qu’eux. Fréquemment, elle est chamboulée, comme pour ce roman pour ados, qu’elle écrit en ce moment, qui l’emmène dans des territoires troubles à mesure que l’héroïne se trouve confrontée aux affres de la manipulation. Elle voudrait que la création ne soit que du jeu, elle se débat quand la route est plus cabossée. Ce qui la fait tenir, c’est la perspective de la fin, du résultat que représente un texte à publier.

Stéphanie se réjouit de la malice de la vie. Elle a beaucoup donné de cours de théâtre dans les écoles et les collèges. Souvent, elle a écrit pour ses élèves. La publication est un prolongement de son travail : une fière victoire. Comme quoi, cet épisode de spectacle de danse a été une bénédiction à tous points de vue, après des mois d’ennui à s’essayer au classique. Stéphanie se réjouit aussi de s’associer à une aventure qui bouscule les normes sociales, les attentes qu’on exprime pour les petites filles et les petits garçons. Les normes, elle ne s’en cache pas, l’ont toujours gonflée. Quel bonheur, ainsi, de participer à les faire bouger… Et quel bonheur, pour les petits, d’avoir accès à une littérature qui leur donne plus de liberté, qui les autorise à suivre leurs envies et écouter leurs rêves !

Et vous, quels auteurs jeunesse appréciez-vous ? Laissez un mot en commentaire.