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Chronique de Nos Vies n°17 – LES HOMMES DE MAI

Dans l’air, flotte le mot révolte. Ce n’est pas encore un parfum étourdissant, pas encore un bruit assourdissant, c’est une image qui traverse notre inconscient collectif.

Il y a le cinquantenaire de mai 68 qui fait remonter les photos, les témoignages, l’épopée de Daniel Cohn-Bendit. On se rappelle la société des années 60, une société encore très rigide, une société où les individus étaient étouffés par les normes sociales, où les femmes étaient enfermées dans des rôles étroits. On se rappelle les combats menés et de leurs répercussions. On sent un certain écho, à cause des grèves, à cause de récents mouvements étudiants. Est-ce que cela pourrait de nouveau s’embraser ?

Il faut dire que le mois de mai, qui paraît si agréable, si innocent, avec ce muguet pour débuter, avec ses nombreux jours fériés, porte une vibration liée à la révolution. Karl Marx, par exemple, est né en mai. On vient de fêter le bicentenaire de sa naissance. Qu’on aime ou pas ce penseur, ce n’est pas la question : on ne peut nier l’impact économique, social, politique de ses théories.

D’ailleurs, si on fouille le 19ème siècle, en mai 1848, année qui voit tomber la monarchie, année du retour de la République et du suffrage universel masculin, il y a la figure de Louis Blanc qui s’est battu pour la création d’ateliers nationaux devant fournir du travail, et donc un moyen de subsistance, aux plus pauvres. Il demande aussi que la journée de travail soit limitée à 10 heures. Ses convictions et sa capacité à mobiliser seront à l’origine d’émeutes et le pousseront à l’exil.

Autre grand personnage qui a laissé une marque sur le mois de mai : Victor Hugo. En effet, cet immense homme de lettres, celui qui à travers ses écrits et son action politique, a tenté d’ouvrir les yeux de ses contemporains sur les inégalités terribles qui frappaient les plus démunis, s’est éteint en mai. Les historiens estiment que deux millions de personnes ont assisté à ses funérailles, pour rendre hommage à ses combats démocratiques et sociaux, pour dire au revoir à celui qui laisse une œuvre magistrale, romans, poèmes, pièces de théâtre.

Pour finir, une dernière personnalité, acteur du changement social comme on dit aujourd’hui, demande à être salué en mai : Henry David Thoreau, poète et philosophe américain (mort le 6 mai 1862). Peut-être le moins connu du grand public, mais peut-être le plus précieux pour nos combats actuels et futurs. Thoreau, d’abord, s’est élevé contre l’esclavage, il est le premier à formuler une réflexion sur la désobéissance civile pour protester contre des lois iniques. En outre, il décide de se retirer du monde pendant deux ans, pour vivre proche de la nature, pour tenter une vie simple. Son expérience le conduit à rédiger « Walden ou la Vie dans les bois », ouvrage de référence encore maintenant, pour celles et ceux qui se soucient d’écologie, de sobriété heureuse.

Et vous, en ce mois de mai, vous pensez à qui, à quoi ? Laissez un mot en commentaire.

DESSIN tiré de la BD « Thoreau, La vie sublime » par LE ROY et A. DAN, Ed. LE LOMBARD