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Chronique de Nos Vies n°25 – GRAND DÉPART VERS L’ÉTÉ

La vitre a été remontée, à cause du courant d’air, du bruit, de l’odeur de goudron chauffé. Le père a récemment arrêté de fumer, il est nerveux, il n’est pas sûr d’avoir assez de chewing-gums pour le trajet. Il conduit vite, c’est l’intérêt de rouler à l’aube, autoroute encore désertée, pousser le moteur, sentir la puissance de la machine qui vrombit en pressant sur la pédale. Il sait bien qu’il ne faut pas. Il sait bien que, cet été, il faudra faire encore plus attention. Mais juste une minute, juste pour s’imaginer conducteur de bolide.

– Tu fais quoi, là ? T’as vraiment besoin ?
Il soupire, ralentit. La mère allume la radio. Elle cherche la musique, une mélodie joyeuse pour s’éloigner de la ville, pour rentrer pleinement dans le rythme des vacances. Les flash infos, les alertes météo, les nouvelles des embouteillages, pas tout de suite…. Et puis, c’est fatigant ces palabres, elle veut qu’on la laisse tranquille, sortir un bouquin et plonger. C’est ça, pour elle, les vacances.

Une petite voix, à l’arrière, surgit. Plus tard la lecture, s’occuper d’abord des chéries.
– Tu peux la coiffer ?
La main menue d’Alicia, couverte de bracelets colorés, tend une poupée, dont le plastique dégage un parfum de vanille. La poupée a des cheveux fins, de la paille, qui s’emmêlent facilement. Les gamines n’ont pas la patience de dénouer les nœuds. C’est la mère qui a mission de prendre soin des chevelures. C’est la mère, de toute façon, qui prend soin des corps, étaler les crèmes après le bain, sur la plage, quand un bobo réclame réparation.

Le père jette un œil dans le rétroviseur. Nina, habillée en rose, se réveille. Il aperçoit son visage froissé, hébété, collé contre la coque noire du siège auto. Est-ce qu’elle va demander maintenant ? Est-ce qu’elle va être d’humeur à jouer avec sa sœur ? La route est longue, ça passe plus vite quand elles comptent les motos, les camping-cars, les camions. Ou quand elles font le jeu des plaques d’immatriculation. La tablette, en revanche, non. La dernière fois, elles ont été malades, on a frôlé la catastrophe.

La mère a vu le regard dans le rétro, elle se retourne, contemple les frimousses de ses princesses, ces minois qu’elle aime photographier, elle caresse une joue, une jambe, bouffée de tendresse.
– Un gâteau, niñas ?
Pas de réponse. Trop tôt sans doute. En même temps, mieux vaut le climat ensommeillé, ça évite les disputes, les jouets qu’on recherche, les pleurnicheries, les suppliques, de l’eau, un bonbon, les toilettes, et puis les traditionnelles questions, c’est quand qu’on arrive ? c’est encore loin ?

La mère sourit. Tous les ans, c’est pareil. Même scène sur la route, même intimité retrouvée, tous les quatre, dans l’habitacle étroit, dans l’impatience du soleil, de la mer, des fous rires qui fabriqueront les souvenirs. Une famille.

Et vous, vous revivez quelle scène quand revient l’heure des grandes vacances ? Laissez un mot en commentaire.