méditation, silence, élan, enseignement, musique, concert, concentration, partage

Chronique de Nos Vies n°27 – DU SILENCE SURGIT LE JAZZ

Plusieurs semaines que je suis plongée dans l’écriture. Avancer dans le roman en cours, en tentant de débloquer certains nœuds narratifs. Parfois, une fulgurance jaillit, une scène surgit sous mon stylo, je vois mes personnages agir, je les entends parler, je ressens leurs émotions comme si elles étaient miennes. Il n’y a qu’à laisser couler l’encre… Parfois, je passe des jours avec des bouts de notes gribouillés, mais je ne trouve ni cohérence ni fluidité pour bâtir le chapitre. Mystérieux processus de création, tant d’éléments insaisissables… Et puis, voilà que septembre est arrivé et qu’il est temps de reprendre cette chronique. Qui interviewer en cette rentrée ? Par hasard, je croise Vincent, un ami d’ami, pianiste, compositeur, dont j’aime le sourire, l’humour, l’énergie débordante, que je connais depuis longtemps sans le connaître vraiment… Je lui propose d’apparaître dans cette série 2018 de portraits, en évoquant ses projets pour les mois qui viennent.

Je le retrouve quelques jours après, et très vite la conversation sur ses projets, nombreux, prend une autre tournure. Il dit : pour moi, la musique que je joue, que je crée, répond à une quête intérieure. Recherche d’une forme de beauté, de profondeur, de spontanéité, de transcendance, de générosité. Ce qui me plait, en classique, le domaine de ma mère, en jazz, ma passion, en musique du monde, source d’inspiration, c’est quand la musique se fait vecteur de valeurs, quand elle se teinte d’une dimension sacrée. Les musiciens qui me touchent sont traversés par un souffle, et ce souffle qu’ils transmettent m’élève.

Il éclate de rire pour alléger le sérieux de ce qu’il vient de dire… Mais moi, je ne veux pas qu’on change de direction, je veux qu’il m’en dise plus, car cette démarche intérieure, lumineuse, de la création, je la ressens sans mettre aussi clairement des mots dessus. Je le relance pour qu’il poursuive. Vincent complète, en précisant qu’il ne détient aucune vérité, en évoquant des épreuves, des échecs, des angoisses qui ont souvent gêné son travail. Puis il ajoute : la technique doit être au service de ce qui demande à traverser, ce qui réclame d’être exprimé. Donc, pour s’améliorer en jouant, pour composer des morceaux, j’ai compris qu’il faut d’abord se raffiner soi-même. Se désencombrer de ce qui serait trop épais, trop massif, car rudimentaire, imprécis, superflu. Laisser de l’espace pour recevoir, accueillir, écouter. Cela passe par apprivoiser la plénitude du silence. Les enseignements spirituels de l’Inde sont très riches en ce sens : ils montrent le chemin vers cette essence qui contient tout. La méditation fait désormais partie de ma routine journalière, comme manger ou me brosser les dents. Elle me permet de cultiver stabilité intérieure, concentration, disponibilité – elle me conduit à prendre du recul par rapport aux soucis, elle débroussaille le terrain pour qu’apparaisse l’étincelle de création.

Mouvement de tête. Ses paroles me remuent, m’impressionnent. C’est toujours ennuyeux d’être impressionnée, ça enlève du naturel à l’échange. Mais j’ai besoin qu’il me parle encore de son processus créatif, des profs qui ont guidé son parcours, de sa manière personnelle de partager ce qu’il a compris de tâtonnements en tâtonnements. J’insiste donc, et Vincent continue : je donne des cours de piano depuis 20 ans. Mes élèves arrivent avec la peur de ne pas savoir, un manque de confiance en eux, du stress par rapport à ce qu’ils doivent accomplir en jouant. Au fur et à mesure, alors que la méditation prenait de plus en plus de place dans ma vie, je me suis mis à proposer des exercices de visualisation. Je les guide pour qu’ils imaginent leurs mains qui se déplacent en douceur, avec aisance, sur le clavier. Ensuite, ils appréhendent l’instrument avec davantage de tranquillité.

Il marque une pause. Je regarde le ciel bleu de cette fin d’après-midi en laissant flotter sa voix. Tout semble si limpide, et je sens à quel point il incarne ce dont il parle, le calme qui l’habite, la force de sa connexion à la musique, sa bienveillance, son humilité et sa présence solaire. L’intimidation a cessé, parce qu’il fait exprès, ici et là, de choisir des mots qui détonnent, parce qu’il rit à nouveau, invitant la légèreté à envahir l’atmosphère.

Finalement, il revient avec effervescence vers ses projets pour la rentrée : il y a la rénovation du studio d’enregistrement qui occupe un coin de son salon, il y a le livre qu’il prépare sur sa méthode pédagogique, il y a les vidéos qu’il souhaite tourner pour enseigner l’improvisation en jazz. Il y a les berceuses qu’il veut écrire pour les enfants de ses amis. Il y a, enfin et surtout, ses projets artistiques : des duos, des trios, des concerts, composer encore… Tant d’idées, tant d’envies ! Je repars étourdie et stimulée, envie de suivre son exemple, méditer plus, créer plus, goûter la saveur enivrante de cet élan né quelque part entre les tripes, les nuages et le cœur.

Et vous, quel musicien, quelle musique, vous élève ? Laissez un mot en commentaire.

Pour en savoir plus sur la musique de Vincent Lendower, pour vous inscrire à un stage avec lui, RDV sur son site