Femmes en lutte, mobilisation massive, amérique centrale, storytelling

Chronique de Nos Vies n°32 – LE NICARAGUA, A L’HEURE DE LA LUTTE

Cette semaine, j’ai envie de vous raconter l’histoire d’un pays. En fait, ce n’est pas moi qui vais la raconter, c’est Delphine, chercheuse, en poste au CNRS.

Il y a une vingtaine d’année, Delphine, encore lycéenne, décroche un stage à la rédaction d’un grand quotidien du Nicaragua. Elle découvre alors un pays, un peuple, une trajectoire politique. Par des rencontres, des discussions, elle remonte le temps jusqu’aux années 1970. Le pays est en proie, à cette époque, à une dictature, combattue par un mouvement révolutionnaire, le mouvement Sandiniste. On est encore en pleine Guerre Froide et la scène nationale fait écho à la confrontation entre le bloc de l’ouest et celui de l’est. Après un long et meurtrier conflit, les années 90 voient l’établissement d’une démocratie.

Les choses suivent leur cours jusqu’en 2006. Cette année-là, aux élections, se présente un homme, Daniel Ortega, que les citoyens connaissent. Jadis, il a fait partie des révolutionnaires, il en garde d’ailleurs une certaine auréole. Cet homme arrive au pouvoir avec sa femme, Rosario Murillo.

Pendant les cinq premières années, les choses se passent bien – en apparence. La croissance économique permet à une partie de la population de sortir de la misère. Ortega, lui, profite de ces années-là pour mettre en place un système autoritaire et kleptocrate. Il se débrouille également pour faire réformer la constitution et assurer son maintien au pouvoir.

Quand le vent de la prospérité tourne et que ses manœuvres se font connaître, une protestation émerge. Elle se renforce petit à petit, à mesure que les abus du couple présidentiel se multiplient. Au printemps dernier, la colère explose. Trois facteurs expliquent cette explosion populaire : d’abord, il y a cette décision de diminuer les retraites. Ensuite, il y a une série d’incendies, que les pouvoirs publics gèrent très mal, provoquant une grave catastrophe écologique. Dernier facteur : le gouvernement menace d’interdire l’accès aux réseaux sociaux, limitant ainsi l’expression individuelle et la mobilisation collective.

Pour la population, il y a comme une désagréable impression que l’Histoire se répète. A nouveau la dictature, à nouveau la corruption généralisée, à nouveau des dirigeants qui piétinent leur pays. En plus, Ortega est accusé de violences sexuelles et l’impunité judiciaire dont il bénéficie choque. Depuis des mois donc, des manifestations massives sont organisées, des barricades sont dressées, une alliance s’est formée pour défendre une autre vision de la démocratie. Un combat qui a entrainé morts et arrestations, au sein des opposants.

Alors que le Brésil fait les gros titres avec des enjeux électoraux extrêmement sérieux, il ne faut donc pas oublier ce petit pays d’Amérique centrale, qui lui aussi vit des moments terribles. Delphine sait les risques que prennent celles et ceux qui protestent… Elle sait aussi que partout où la démocratie gagne, cela a un effet positif tout autour. Cultiver l’espoir donc, pour le Nicaragua et le Brésil – c’est la seule option tolérable.

Et vous, vous connaissez le Nicaragua ? Laissez un mot en commentaire

PHOTO : Marvin RECINOS – AFP