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Chronique de Nos Vies n°34 – PARLER, ECOUTER, AVANCER

Au départ, il y a une question : quelle est ma valeur en tant que femme ? Une question qui surgit à l’adolescence quand Camille observe le décalage entre le discours des profs à l’école, qui proclame qu’il suffit à chacun chacune d’étudier et de travailler pour réaliser ses rêves, et la réalité à la maison, avec un père charismatique, qui prend beaucoup de place, qui fait fleurir ses projets, et une mère, sensible, artiste, comme en repli, en retrait. A qui s’identifier pour grandir ? Quelles sont les voies possibles pour les femmes ? Est-ce vrai qu’on vit les mêmes vies que les hommes ?

Quand, vers 20 ans, elle découvre les cercles de femmes, Camille a un choc, ou plutôt un coup de cœur. Elle découvre un espace où les femmes parlent de leurs problèmes, s’écoutent mutuellement, se soutiennent par cette écoute – pour se libérer, pour partager, pour ressortir en étant debout, prêtes à se déployer. Grâce à ces cercles, les femmes retrouvent leur pouvoir d’agir, de faire des choix, de transformer les situations qui ne leur conviennent pas. Camille se fait une promesse à elle-même : moi aussi, je serai debout, moi aussi je serai une femme authentique, dans sa vérité, qui accueille sa vulnérabilité et qui connaît sa puissance.

Quelques années plus tard, la vie conduit Camille en Angleterre. Nouvelle découverte : les tentes rouges. Encore une fois, il s’agit de regroupement de femmes, qui sont ancrés localement, qui se réunissent mensuellement. Dans la lignée de traditions anciennes, l’idée est de proposer aux femmes un lieu où elles peuvent faire écho de leur quotidien, célébrer les événements importants, poser des intentions, explorer qui elles sont, participer à des rituels en lien avec le passage d’étapes. Un espace bienveillant, où parler en confiance, où apprendre la confiance, où s’autoriser une parole intime, qui laisse place aux ressentis, aux émotions, à l’intuition, où se reconnecter au divin, au mystère, à la force des éléments – toutes ces choses sensibles, subtiles, qu’on capte parfois et qu’on ne peut pas expliquer.

Camille précise, parce que, désormais, elle facilite des tentes rouges à Paris, qu’il y a beaucoup d’amour dans ces espaces. De l’amour qu’on reçoit parce qu’on est écoutée, de l’amour qu’on donne parce qu’on écoute et qu’on apprend des expériences des autres. Dans cette appartenance de sororité, les femmes viennent puiser du courage et de la liberté. Elles nomment leur besoin de ralentir, leurs doutes, leurs peurs, leurs victoires et leurs impasses, leur désir de travailler autrement, d’agir autrement en tant que femme, mère, sœur, fille, collègue, citoyenne, etc. Grâce aux tentes rouges, des femmes font la paix avec leur corps et leur histoire, elles parviennent à s’accepter, et même se valoriser.

Pour faire connaître son travail, pour accompagner la sortie du livre qu’elle vient de publier sur la « Puissance du féminin », Camille a décidé d’investir les réseaux sociaux. Sur Instagram, elle s’attelle à construire un imaginaire autour du féminin et du féminin sacré. Elle sait que la dimension symbolique est cruciale pour que les femmes se réapproprient leurs ressources… Alors elle diffuse des dessins colorés, des photos étonnantes, où l’on voit des silhouettes différentes, des visages d’ici et d’ailleurs, où apparaît la figure de la sorcière – cette sorcière que l’ouvrage de Mona Chollet donne à revisiter. Ce contenu, généreux, profond, mis en ligne par Camille me fait toujours du bien : j’apprends, je rêve, je réfléchis en me laissant traverser par ses mots et ses images… De quoi patienter jusqu’à la prochaine session mensuelle.

Et vous, lectrices, vous avez déjà poussé la porte d’une Tente Rouge ? Laissez un mot en commentaire.

En savoir plus sur le travail de CAMILLE SFEZ :
https://www.instagram.com/camille.sfez/
https://www.facebook.com/tenterougeparis/