Auteure | Coach Littéraire

Chronique vers la publication n°14 – ECRIT VS ORAL ?

Les lecteurs seraient une espèce en voie de disparition. Les maisons d’édition déplorent des ventes qui ne cessent de baisser depuis 10 ans. Dans une tentative désespérée de retenir leurs clients, elles ont décidé de publier davantage, faisant le pari que certains titres, dans le lot, connaîtront le succès. Pari discutable : de nombreux ouvrages de qualité sont noyés dans la masse des parutions.

Ce constat sur la chute des ventes de livres, j’en ai tiré d’autres conclusions : les lecteurs n’ont pas disparu, mais ils lisent autrement, et d’autres choses que des bouquins. Ils sont par exemple très présents sur les réseaux sociaux (comme vous, en ce moment). Saisir ce déplacement “géographique” des lecteurs m’a poussée, début 2016, à faire de ma page Facebook un support de création littéraire, proposant, comme vous le savez, un travail autour de la poésie, des conseils de lecture et surtout des chroniques. Seul hic : ce travail est complètement bénévole, alors que j’y consacre une dizaine d’heures par semaine… Je ne rentrerai pas ici dans ce sujet.

Par ailleurs, j’ai bien compris que l’appétit d’histoires, que les gens assouvissaient auparavant en lisant, les êtres humains du XXIème siècle y répondent en regardant des kilos de séries et de films sur les plates-formes comme Netflix. A l’heure de la saturation de l’info, la vidéo triomphe – la vidéo, bien sûr, canal de communication orale. Faut-il s’adapter à cette évolution ? Chaque auteur.e trouve sa réponse, on peut juste admettre que cela ouvre de nouveaux possibles. Personnellement, cela m’a conduit à réfléchir à ce que je pourrais imaginer dans cette direction.

Depuis quelques mois, je sens grandir en moi une envie de “monter sur scène” – pour donner des conférences. Il y a plusieurs thématiques dont j’ai envie de parler, autour de l’inclusion et de la diversité, autour de la force de la singularité, autour du lien entre courage et latitude d’action. Aborder ces thématiques en croisant des références littéraires et philosophiques, en glissant des récits, pour que la pensée soit vivante, ancrée, captivante pour l’auditoire. Après tout, j’ai des histoires à transmettre : qui m’empêche d’envisager une complémentarité entre l’écrit et l’oral ?

Jeudi dernier, à la mairie du 9ème, le projet s’est concrétisé. Devant moi, 300 personnes, et une dizaine de minutes pour parler de liberté, celle qu’on obtient en se donnant le droit de l’obtenir. J’avais préparé soigneusement mon discours, parce que j’ai cette conviction que c’est à l’écrit d’abord que je touche à la profondeur et à la densité de mon propos. Et puis, j’avais travaillé avec Thomas, spécialiste de l’art oratoire. Lors de notre séance de travail, Thomas avait entamé notre conversation par ces mots : « à partir du moment où tu entres en scène, l’auteure en toi doit mourir. C’est l’oratrice qui est attendue. ». Il avait cité Churchill, qui écrivait tous ses textes au préalable, puis, face à la foule, il improvisait, il réinventait son speech en tenant compte de l’atmosphère qui flottait dans l’air. Churchill, son Nobel de littérature, son talent charismatique, hum… La barre est haute !

Cela dit, les arguments de Thomas ne sont pas tombés dans l’oreille d’une sourde. J’ai repensé aux discours de Martin Luther King, cet homme qui a déplacé des montagnes par ses actions et par ses mots, des mots dans lesquels il savait mettre toute son âme. Alors, quand le jour J je suis devant tous ces yeux, quand je prends une grande respiration avant de me lancer, j’ai conscience que l’enjeu n’est pas de délivrer un bla-bla que j’ai peaufiné. L’enjeu, c’est celui du lien que je dois tisser avec ce public. Plonger mon regard dans d’autres regards, être présente à ce que je ressens, être présente à tous ces souffles autour de moi, entrer en dialogue avec eux, sans me protéger derrière un pupitre, sans me cacher dans mes notes, sans accélérer le débit pour en finir au plus vite. Prendre le temps de transmettre un message sur la liberté, en évoquant Scarlett O’hara, figure emblématique, personnage de notre mythologie contemporaine, en explorant la passion de ma grand-mère pour cette héroïne romanesque alors que la Seconde Guerre Mondiale lui faisait vivre des épreuves d’une brutalité meurtrière.

A un moment donné, j’ai senti un silence plus épais dans la salle. Un silence qui signalait que mes mots cheminaient dans l’assemblée. Très touchant ce moment, ce contact qui se noue de façon invisible. Quelque chose qui se joue de cœur à cœur. Quelque chose que j’ai effleuré dans un vertige et qui me donne envie de recommencer. Avoir plus de temps pour prendre la parole, aller plus loin dans mon propos, prendre plus de risques dans l’improvisation – parce que cette expérience sans filet, comme elle est jubilatoire…

Ah, et la vidéo ? Pas encore en ma possession, je la mets en ligne dès que possible.

Au fait, vous, vous lisez encore des romans et des essais ? Avez-vous changé vos pratiques de lecture dans la dernière décennie ? Votre réponse m’intéresse !

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