
2025 / 8 : ESSORER LES LARMES
Il me semble que la transformation – du plomb en or, du drame en force de vie – est au centre de l’expérience humaine. À chaque fois qu’on réussit à desserrer l’étau de la douleur

Il me semble que la transformation – du plomb en or, du drame en force de vie – est au centre de l’expérience humaine. À chaque fois qu’on réussit à desserrer l’étau de la douleur

« Ils pourront couper toutes les fleurs, ils n’empêcheront pas le printemps ! » a écrit Pablo Neruda en 1973 – soulignant combien la force du vivant alimente une ardeur subversive.

Alors que les sirènes du désespoir deviennent assourdissantes, il est bon de se souvenir que nous avons, entre nos mains, des moyens simples, accessibles, de s’opposer à la peur et à l’écrasement.

Évidemment, j’ai été heureuse que l’adolescence se termine. M’extraire de la pression et du jugement de mes pairs, ne plus avoir à rentrer dans un moule étriqué, sortir de l’obsession des apparences – me permettre d’être moi, et surtout découvrir les autres.

La guerre apporte souffrance et misère. Elle demande d’immenses efforts pour s’en dépêtrer, laissant toujours une population brisée par l’expérience de la férocité et de la mort. En rien, cela ne ressemble à un futur désirable.

Il y a tellement d’occasions où l’on se met en travers de son propre bonheur, son expansion, son rayonnement. Mais est-on condamné à rester son propre adversaire ?

Au cours d’une existence humaine, avec forcément son lot d’épisodes sombres, se joue régulièrement une lutte intime pour s’accrocher au désir de vivre. N’est-ce pas la plus difficile des luttes ?

Comme il est confortable de se débarrasser de sa propre responsabilité, comme il est facile de jouer la carte du rejet, de l’humiliation, de la brutalité. Désagréable de regarder en face cet aspect de la nature humaine.

Vient l’heure de repenser le rapport à la vie, réfléchir au pourquoi de son incarnation terrestre. Revenir aux enseignements de l’antiquité grecque ?

Jusque tard dans la matinée, ils chantent. Un chœur d’oiseaux, logés dans l’arbre voisin, qui me rappellent que le printemps arrive. C’est la première année que je perçois si nettement les gazouillis joyeux.