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Chronique de Nos Vies n°30 – CELLE QUI AUSCULTE NOS PRINCIPES DEMOCRATIQUES

A quoi ça tient le choix d’un métier ? Est-ce qu’il y a forcément une explication familiale et sociologique à une orientation professionnelle ? Marielle constate qu’elle mène une vie très différente de ses parents, qui ont construit leur trajectoire sans aucun diplôme. Elle hoche la tête : oui, sûrement, elle n’était pas destinée à devenir prof de fac et chercheuse en science politique. Elle évoque son goût, au lycée, à Villefranche-sur-Saône, pour la philosophie, dans sa dimension éthique, dans sa réflexion sur l’organisation des individus au sein d’une société.

Puis elle fait un bond dans le temps et parle des coïncidences, quand elle débute sa thèse, qui vont la conduire au Tchad. Elle découvre un pays qui ne cesse d’osciller entre guerre et paix, où les ex-combattants continuent à occuper une place centrale dans le tissu social, exerçant un pouvoir plus ou moins légitime, utilisant fréquemment des techniques d’intimidation pour extorquer de l’argent aux commerçants, aux vendeurs de rue, aux chauffeurs de transports collectifs.

Menant des dizaines d’entretiens, Marielle cherche les traces de la violence dans les rapports sociaux, ce qui est visible et ce qui ne l’est pas, ce continuum de tension derrière les apparences de paix, et comment ceux qui ont gagné un conflit imposent les règles en se débrouillant pour régner sur l’ordre social, économique et politique. Elle se passionne en particulier pour la situation des femmes, qui doivent vivre avec un passé douloureux, avec le trauma de ce qu’elles ont parfois subi dans leur corps.

A quoi ça sert d’étudier la violence, de cerner ses dynamiques ? La réponse est évidente : identifier les diverses formes de violence, ça permet de lutter contre. Dans la même optique, ce travail d’analyse conduit à repenser les notions de sécurité et de justice. Pourquoi les étudier si loin de la France ? Comme les anthropologues, elle est convaincue que le déplacement permet de prendre du recul, et donc de gagner en lucidité, pour observer des phénomènes sociaux.

Mais ce n’est pas que la seule raison. Marielle mentionne l’héritage colonial de la France et son action contemporaine, militaire, diplomatique, commerciale, dans plusieurs territoires sub-sahariens. Elle trouve intéressant d’explorer cette action et de mesurer le décalage avec les beaux discours sur les droits de l’Homme. Souvent, d’ailleurs, face à certains raccourcis, par exemple face aux généralités débitées sur la corruption, elle est en colère : trop facile de dénigrer certaines élites tout en protégeant certaines multinationales, qui font pourtant régulièrement les gros titres des journaux pour des pratiques très contestables.

Aujourd’hui, ses recherches la poussent à examiner les usages de la biométrie dans les processus électoraux. Que se cache-t-il derrière cet enthousiasme technologique ? Pourquoi les nations les plus pauvres achètent les technologies les plus sophistiquées pour les élections ? Est-ce que cela permet vraiment de lutter contre la fraude ? Des questions qu’elle tente d’éclairer, à travers ses publications académiques, pour nourrir le débat citoyen. Des questions que Marielle aime partager, au retour de ses terrains, avec ses étudiants, pour qu’à leur tour ils pensent la démocratie dans laquelle ils vivent, pour qu’ils fassent des choix en conscience, en sentant l’interdépendance qui relie les habitants de notre planète.

Et vous, vous vous posez des questions sur la démocratie et son fonctionnement ? Laissez un mot en commentaire.

PHOTO : Éleveur de chameaux, sur un marché à Abéché, dans l’est du Tchad.