Chronique de Nos Vies n°12 – COURAGEUSE, CHARISMATIQUE, COMBATTANTE

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Il faut se rappeler le monde dans lequel elle vit au début des années 50. Un monde qui sépare les Blancs et les Noirs, un monde qui a des principes très étroits en matière d’égalité entre les êtres humains, un monde qui rechigne à amorcer les processus de décolonisation, un monde qui ignore encore la voix de Martin Luther King, là-bas dans cette démocratie américaine qui connaît des lois pareillement injustes.

Il faut imaginer la violence qu’elle affronte à chaque instant, dans son quotidien, en Afrique du Sud. Le mépris, l’humiliation, la peur : voilà l’horizon pour une jeune femme à la peau sombre. Elle aurait pu, comme d’autres, baisser la tête, accepter son impuissance, renoncer à être une citoyenne avec des convictions et des droits. Elle aurait pu se taire, étouffer, consentir à une vie atrophiée. Sa conscience l’en a empêchée. Une flamme plus vaste l’habitait, une flamme ardente, un mélange de lucidité, de colère et de force intérieure. Elle a rêvé d’une autre vie, pour elle, pour ses sœurs et ses frères, pour ses enfants.

Alors elle s’est mise en route. Elle a rejoint le combat. Elle a mobilisé tout son courage, elle a donné toutes ses ressources, elle a pris tous les risques pour braver les interdits : elle a protesté, elle a manifesté, elle a organisé le mouvement. Contre l’injustice, contre la mort de ses semblables, contre l’emprisonnement de son mari, elle a remué ciel et terre. Elle a hurlé qu’il était impossible que ce 20ème siècle continue en protégeant ce vieil ordre établi, inique, raciste, sexiste.

Elle a payé cher sa participation à la lutte. Elle a été frappée, torturée, violée. Elle a connu le froid, les doutes, l’immense solitude. Elle en a versé des larmes et du sang pour la cause. Oui, bien sûr, au fil du temps, l’ombre est venue la hanter, elle a fait des grosses erreurs, elle s’est laissée emporter par la spirale de violence (et je n’adhère pas aux actes commis dans cette partie-là de son existence). Faut-il pour autant la réduire à ses excès ? Faut-il oublier toute son œuvre ?

Winnie Mandela était une combattante radicale, parce que l’époque ne permettait pas de nuance. Martin Luther King, à qui on rend hommage ces jours-ci, à l’occasion des 50 ans de son assassinat, a également fait preuve de radicalité. Au fur et à mesure de sa lutte, son discours devenait plus clairement anticapitaliste, il dénonçait avec fougue le système économique et politique de son pays, il savait que cela ne plairait pas à tous. Mais on ne peut pas plaire à tous quand on veut changer le fonctionnement de la société et retirer à certains des privilèges indignes.

Winnie est morte lundi 2. Je pense à elle, moi la Française à la peau claire. Parce que je suis l’héritière du monde qu’elle a contribué à transformer, parce que je sais ce que je lui dois. La fin de l’apartheid a eu des conséquences bien au-delà des frontières sud-africaines. Et pourtant, le combat continue : le racisme, le sexisme, l’exploitation des plus démunis sont toujours d’actualité. Je pense à elle parce que son courage appelle le mien. Parce que j’ai besoin de sa puissance pour, à mon tour, par mes mots, par mes actes, à mon échelle, participer au 21ème siècle, refuser la destruction de la planète, refuser le triomphe des ultra-riches sur le reste de la masse, refuser les discriminations, refuser que les valeurs d’humanité, de générosité, de solidarité soient piétinées.

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