
2024 / 9 : DONNER DES AILES
Trente années se sont écoulées. Par la magie des réseaux sociaux, le contact se renoue. Et me voilà à Porto, où elle habite désormais avec ses filles. Un dîner est organisé.

Trente années se sont écoulées. Par la magie des réseaux sociaux, le contact se renoue. Et me voilà à Porto, où elle habite désormais avec ses filles. Un dîner est organisé.

Dans leur Auvergne natale, celle des années 30 et 40, alors que la famille s’affairait à faire tourner la ferme, s’occuper des bêtes et des champs, Marthe et Marie-Rose, les soeurs d’Elise, passaient leurs soirées à étudier pour passer des diplômes par correspondance.

De mes épopées vers Compostelle, je garde le parfum des instants de grâce… Mais quels sont les ingrédients qui permettent la réparation d’une âme ?

Sur les routes du monde, à plusieurs reprises, j’ai refait cette expérience : être accueillie et chouchoutée par des inconnus.
Au milieu de sa journée ponctuée de soins, entre deux passages d’une infirmière, alors que ma mère consultait un médecin, je lui ai lu des poèmes. Il répétait « Que c’est beau ». Ce jour-là, j’ai appris que la poésie pouvait se faire offrande, consolation, fortifiant.
J’ai senti PHYSIQUEMENT comme mon cœur et mon âme avait besoin de cette poésie. J’ai senti que la poésie était la meilleure des antidotes à la violence de mon passé. Comme une façon, par la lumière, par l’intense douceur, par la vérité de ces textes poétiques, de me réparer.

Enfant, ado, j’adorais lire les aventures d’Alexandra David-Néel, Fanny Stevenson, Pearl Buck, Isabelle Eberhardt, Karen Blixen… Des femmes exceptionnelles, capables de braver les conventions, de prendre des risques, pour assouvir leur désir d’exploration et d’altérité.

Terminer une année et se donner le droit, un court instant, de se retourner. Se concentrer sur le positif, inlassablement, car même dans la douleur, il y a quelque chose à apprendre, une occasion de grandir.

Je reprends mes quartiers à Paris. Paris où je suis née, Paris où j’ai grandi, Paris que j’ai besoin de quitter, Paris que j’adore retrouver.

Je le vois partout. Au coin d’une rue, sur un quai de métro, dans les rayons du supermarché. Je crois reconnaître son allure, son visage, ses vêtements.