mathilde vermer auteur - chronique de l'ailleurs 05

Chronique de l’Ailleurs n°5 – PARMI LE CHŒUR DES FEMMES {1/2}

Il y a celles qui ont chanté, qui ont peint, qui ont écrit, qui ont étudié, qui ont soigné, qui ont œuvré : il y a celles qui ont refusé de croire qu’elles étaient moins, et qui sont devenues qui elles devaient être, allumant un flambeau pour les femmes derrière elles.

Il y a celles qui ont joué, avec leur sourire, avec leur apparence, bijoux, robes, parfums, s’amuser, s’inventer, se déguiser pour s’affranchir – comme celles qui ont fui, une autre ville, un autre pays, une autre famille : ailleurs, respirer.

Il y a celles qui n’ont pas pu être mère, celles qui n’ont pas voulu, celles qui l’ont été malgré elles, celles qui ont adoré, celles qui ont détesté la maternité ; celles qui, sur ce chemin, ont découvert des trésors de tendresse, celles qui y ont rencontré leurs ombres ; toutes, elles ont fait comme elles ont pu, et la terre est peuplée de leurs enfants, leurs choix, leur voix.

Il y a celles qui ont été, qui sont encore, entravées, réprimées, recluses, forcées d’abandonner leur corps, leurs livres, leur passion, leurs petits – au risque de devenir folle ; au point de nous obliger, nous les plus chanceuses, à vivre pleinement, comme une forme d’hommage, comme un devoir de mémoire.

Il y a celles, trop belles ou trop laides, qu’on a défini en fonction de cela, à qui on a fait croire qu’elles étaient des objets, des poupées, et qu’on a déplacé, qu’on a fait taire, qu’on a cantonné à du minuscule – parfois, elles y ont cru, elles se sont soumises, et parfois, dans le silence, dans leur solitude, dans leur cœur, elles ont trouvé un espace pour rejoindre leur dignité et leur liberté.

Il y a celles qu’on a trainées dans la boue, celles qu’on a insultées, sorcières, poules, vendues, celles qu’on a brulées, pendues, tondues ; celles qui ont préparé leur revanche, celles qui ont créé des alliances, celles qui ont fait preuve de toutes les volontés pour briser les tabous, pour faire tomber les murs, pour semer de l’espoir, celles dont toujours on retiendra le nom, les généreuses, les audacieuses, les lumières dans la nuit.

Il y a celles qui avaient peur de parler en public, et celles qui n’ont pas attendu qu’on leur donne la parole : elles ont conquis la scène, elles ont éclaté de rire, impertinentes, pas sages, fantasques et brillantes, elles ont dit les mots que les esprits étroits refusaient d’entendre.

Il y a celles qui ont aimé sans aucun compromis, un homme, une femme, un dieu, fondre entièrement, succomber à la volupté, perdre son âme, affronter tous les périls, celles qui se sont brulées les ailes dans cet amour, celles qui sont montées au firmament par cet amour.

Il y a celles qui se sont battues, courageuses, tenaces, fières, il y a celles qui ont investi des bastions protégés, art, science, université, politique, pouvoir économique, il y a celles qui sont devenues chirurgiennes, ministres, expertes, juges, astronautes, il y a celles qui nous ont montré qu’on avait tous les droits, tous les potentiels, que nos ventres, nos mains et nos cerveaux abritaient des sources inextinguibles de force.

Il y a celles d’aujourd’hui, à plusieurs endroits de la planète, qui n’ont plus besoin de permission, qui peuvent enfin sortir de l’étouffement, de la survie, du mimétisme, celles qui tracent d’autres routes pour l’humanité toute entière, dans le respect, dans la joie, dans la solidarité, main dans la main avec toutes les bonnes volontés, celles qui nous prouvent que demain, il sera juste question d’ETRE.

PHOTO : Le 21 janvier 2017, les femmes ont marché pour défendre leurs droits et leurs convictions, pour refuser la violence et les préjugés. Aux Etats-Unis, elles portaient des bonnets roses, avec des oreilles de chat, en référence aux propos de Trump. Cette image me touche : le sourire doux de la femme au centre, la diversité de la foule, cette couleur fuchsia comme une pirouette aux mauvaises langues.

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