En cette fin mai, je célèbre mon arrivée à Marseille il y a 6 ans. Mon installation dans la cité phocéenne paraissait un pari fou. Je ne connaissais pas la ville, je ne savais pas si je pourrai m’y acclimater. Et pourtant, ces jours-ci, alors que je traverse une période de questionnement qui ressemble au programme intensif d’une machine à laver, si j’ai encore une certitude, c’est bien celle-ci : à Marseille, je suis chez moi.
Comment expliquer qu’on se sente bien dans un lieu ? Bien sûr, on peut additionner les données plus ou moins objectives. À Marseille, j’ai trouvé une routine et des liens affectifs qui nourrissent mon équilibre. À Marseille, j’aime par-dessus tout la présence de la mer. À Marseille, j’apprécie la bénédiction de la Bonne Mère, qui du haut de sa colline veille sur tous les habitants. À Marseille, enfin, je savoure l’ambiance sur les quais du vieux port, le mélange entre l’intensité urbaine et la douceur du sud, la possibilité de s’échapper dans les calanques pour s’y enivrer de beauté.
En écrivant, je pense à tous les gens qui n’ont pas le privilège de se sentir bien chez eux. Les gens qui sont obligés d’opter pour l’exil, parce qu’ils sont en danger, parce que la faim rôde, parce que les structures de santé et d’éducation ne sont plus accessibles. Je pense aussi à ceux qui sont chassés d’un territoire qu’ils chérissaient.
Je pense à la douleur de ces gens qui cherchent ensuite où s’établir. Ceux qui parcourent des kilomètres, qui affrontent la peur et l’inconnu pour s’arrêter enfin quelque part, essoufflés, et qui rencontrent alors le mépris, le rejet, la haine. Mais comment ne pas entendre le déchirement de chercher son chez-soi désespérément ?
À Marseille, il y a une tradition séculaire d’accueil et de mélange des cultures. Bien sûr, la tradition, comme partout, est malmenée. Bien sûr, la ville est traversée de fractures et de murs invisibles. La terre promise est toujours une réalité qu’on doit réinventer, remodeler, conquérir avec son énergie, son imagination, son cœur et son sourire. Mais l’effort est fécond : quand on est bien là où on vit, on a plus de vitalité pour prendre part à des projets, pour exprimer ses talents, pour devenir un humain pacifique et ouvert.
En ce printemps 2026, je fais donc le vœu que chaque personne qui me lise trouve son endroit de paix et de ressources, à Marseille ou ailleurs, et de là rayonne sa joie et sa générosité.
> Cette chronique appartient à la série 2026, nommée « Lumière ». Une série pour cultiver la clarté, pour imaginer des possibles éclairants, pour oser l’éclat, la joie, la foi… Vous aimez ce que je publie ? RDV sur les réseaux sociaux pour retrouver de la poésie, et les autres chroniques que j’écris depuis 2016.
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