Auteure | Coach Littéraire

M’Chroniques n°18 – MOI TOI NOUS

16 août 2020. On marche depuis une bonne heure. Une marche qui grimpe, sous le soleil, faire attention aux cailloux qui roulent sous la semelle, aux racines qui tendent des pièges, choisir des haltes, souffler, boire, lever la tête, admirer cette mer si bleue, le blanc de la roche à nu, les bateaux qui mouillent pendant que les humains se baignent dans l’espace sacré de la calanque.

On discute en marchant, Martine et moi, les vacances nous réunissent quelques jours, et on ne finit jamais de trouver des choses à se dire. C’est doux cette amitié, ces conversations, on rigole, on marche, on s’arrête, on repart, hâte de se rafraîchir dans la Méditerranée, hâte de découvrir cette grotte bleue, dont l’accès se fait uniquement depuis la mer.

Mais en descendant vers l’endroit de la crique, pour moi qui ne suis pas très sportive, tout se complique. Il y a une paroi étroite à longer, vertige, puis un rocher de deux mètres de haut, il faut glisser ses pieds dans des entailles pour descendre, coup de flippe. Je dis à mon amie : je ne peux pas. J’ai l’impression que ma tête est à cent mètres de mes pieds, j’ai l’impression que mon corps ne répond plus, que je vais sauter et briser mes jambes en deux. Non, je ne peux pas, non, je ne vais pas réussir à atteindre le bord de l’eau. Tant pis, ce sera sans moi la baignade. « Vas-y toi, tu me raconteras. »

Une jeune femme, assise un peu plus loin, entend mes propos. Elle s’approche et murmure :

– Mais si vous allez y arriver, je vais vous aider. Je vais vous donner la main.

Dans sa voix, il y a de la chaleur, de l’énergie et un ton convaincu qui m’attrape. Je décide de lui faire confiance, à elle, et à Martine qui patiente en bas. Respirer, un pas, un autre, ne pas regarder mes pieds, répéter je vais y arriver, je vais y arriver, respirer, s’accrocher à la main de la jeune femme, et d’un homme qui est venu prêter renfort, et mon amie, toujours là, trois personnes qui m’aident, je me sens un peu ridicule de demander tant d’attention et en même temps, je suis extrêmement touchée par cette gentillesse, par cet élan spontané, généreux, joyeux, un élan d’entraide qui me permet de descendre puis de plonger dans cette eau merveilleuse jusqu’à rejoindre cette fameuse grotte magique.

3 octobre 2020. Je suis en train de trier des affaires, abandonnées au moment du déménagement, et soudain, je m’arrête. Je n’ai pas entendu la porte claquer. Est-ce que JM est parti ? Une intuition me pousse à me lever pour aller vérifier. Dans la cuisine, le salon, la chambre : personne. Étrange. Dans la chambre du fond peut-être ? Je retraverse le couloir, et je le vois, courbé, à tenter d’enfiler sa chaussure. Je prononce son prénom, il me regarde et je comprends immédiatement ce qui se passe.

Depuis son AVC, il y a tellement de gestes qui lui sont devenus difficiles, des gestes d’une grande banalité – insupportable pour lui, pour son esprit vif. Insupportable pour lui le spectacle de ce corps fatigué, ce corps qui a vieilli, dans lequel il est enfermé, ce corps qui ne répond plus à ses désirs, ce corps qui l’oblige à une dépendance qu’il déteste. Je comprends et mon cœur se brise de le voir ainsi, énervé, à essayer d’enfiler sa chaussure depuis dix minutes. Bien sûr, il aurait pu m’appeler, en ravalant sa fierté, en avouant sa vulnérabilité. Il n’a pas voulu, pas osé.

Pour désamorcer la tension, pour tenter de dissoudre ce mélange de sentiments qui oppresse sa poitrine, je lance une blague, une autre, j’enchaine en lui parlant de mes baskets trop neuves, si pénibles à chausser, et puis je me baisse et je guide son pied. Je souris, il sourit, prêt enfin à sortir, à partir acheter le pain pour le déjeuner.

Deux histoires en miroir que j’avais envie de raconter aujourd’hui. Éloge du mouvement, recevoir, donner, parfois c’est toi, parfois c’est moi, l’aide circule, ça tourne, parfois la main tendue est une main inconnue, parfois, c’est une main venue du cercle proche, peu importe, ce qui compte, c’est de faire ensemble, de franchir ensemble les épreuves, d’en faire des occasions de ressentir de l’amour, un amour large qui n’attend rien, qui nous fait plus grand à l’intérieur, se sentir ensemble, se sentir plus fort.

Et vous, comment jouez-vous l’union en ce moment ?

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