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Chronique de Nos Vies n°5 – CELLE QUI SOIGNE

J’arrive dans la salle et j’ai un choc : silhouette fine, cheveux très noirs, frisés, coupe au carré, sa beauté, sa jeunesse, je ne m’attendais pas à cela. Ses pas glissent sur le parquet, au milieu du groupe, puis elle s’assoit, se tient droite. Elle porte du rouge à lèvres, du vernis sur les ongles, elle est sensuelle et réservée. Il y a du silence en elle. Il y a de la place pour accueillir les mots des autres. Deux jours de stage, je l’observe. J’aime sa façon de répondre, d’animer, d’interagir. Elle est un peu sorcière, on dirait. Elle parle de façon très simple des traditions qu’elle a étudiées, elle parle du visible et de l’invisible, elle parle des lignées et de leurs traces subtiles. Un enfant est toujours l’enfant d’une famille, un enfant est toujours une histoire au milieu d’autres histoires qui le traversent, le pétrissent, le bousculent, le grandissent. La sorcière est intelligente, son discours me plait, je ne comprends pas tout, mais je suis conquise.

Une semaine après, je prends rendez-vous. Une séance individuelle, aux Lilas, ville au nom de fleurs. D’ailleurs, le cabinet est situé rue de la liberté. Une adresse que j’aimerais entendre comme une promesse. Je lui raconte ma peine, elle m’écoute puis m’invite à m’allonger sur le canapé, à respirer profondément. Elle s’installe à côté, pose une main douce sur mon ventre. Elle dit quelque chose. Alors une tempête fait irruption. Du fond de moi. Pleurer le chagrin de la perte et du manque, pleurer le chagrin des illusions qui resteront illusions, pleurer le nouveau départ qui me file le bourdon.

Entre les larmes, je vois sa main se soulever. Du bout des doigts, comme si elle retirait des grains de poussière, elle retire et elle jette un peu plus loin ce qu’elle retire et que je ne vois pas. Comme petite avec ma sœur, je suis obligée d’imaginer, en face de Clochette, la compagne de Peter Pan, dans une scène qui devrait sidérer mon entendement. Mais non, j’ai confiance. La sorcière de ses doigts de fée nettoie les cendres, elle enlève le brûlé laissé dans ma terre. La sorcière agit avec détermination, précision : le douloureux, elle sait comment le soigner.

Et vous, vous connaissez des fées ? Laissez un mot en commentaire.