Dehors, il pleuvait encore. Une pluie de mars, fine, continue. Les gens arrivaient en marchant vite, pressĂ©s de se mettre Ă l’abri. Le bateau, oĂč se tenait l’Ă©vĂ©nement de l’association, les accueillait dans un bain de chaleur. Trouver un siĂšge, s’installer, attendre. TrĂšs vite, premier choc, surgissement de l’Ă©motion : sur un Ă©cran, apparaissent des visages qui parlent en espagnol. Des paysannes, qui habitent dans les montagnes andines du PĂ©rou. Le documentaire raconte leur combat, une histoire de femmes qui se mobilisent pour protĂ©ger lacs et riviĂšres, face aux compagnies miniĂšres qui accaparent et polluent l’eau. Des paysannes qui ont peu Ă©tudiĂ© Ă l’Ă©cole, mais qui se dressent, avec courage, dĂ©termination, au pĂ©ril de leur vie, pour protĂ©ger la terre, pour permettre la survie de ceux qui en vivent et en prennent soin.
L’Ă©cran finit par s’Ă©teindre. Christine prend le relai, sa guitare en bandouliĂšre. DeuxiĂšme choc de la soirĂ©e, Ă©motion fulgurante qui me donne immĂ©diatement le frisson. Avec des textes en français et des mĂ©lodies imprĂ©gnĂ©es de sonoritĂ©s colorĂ©es, les couleurs de ce PĂ©rou oĂč sa mĂšre est nĂ©e, Christine chante. Dans ses chansons, la poĂ©sie se mĂ©lange Ă ses convictions humanistes, sociales, Ă©cologistes, fĂ©ministes. Christine est reliĂ©e, dans son sang, dans son cĆur, Ă ces femmes des montagnes, ces gardiennes de la Pacha Mama. Christine chante l’eau, l’Amazonie, cette planĂšte qu’il nous appartient de prĂ©server. Je laisse sa voix fondre en moi, venir me transpercer, m’emplir tour Ă tour de douceur, de puissance et de mĂ©lancolie.
Quand le silence a avalĂ© les derniers sons, j’Ă©tais une autre. Conquise et bouleversĂ©e. Douloureuse de cette douleur pĂ©ruvienne, de cette force de vie et de cette vulnĂ©rabilitĂ© humaine. Je me suis approchĂ©e de Christine, embarrassĂ©e, gauche. On dit quoi Ă une artiste qui vous a transpercĂ© de ses vibrations ? C’est Ă©trange comme l’admiration est difficile Ă rĂ©sumer en quelques phrases⊠Alors, j’ai fait ce que je savais faire, j’ai posĂ© des questions. On a bu un verre et Christine m’a racontĂ© la jungle du PĂ©rou, la sensualitĂ© des femmes dans sa rĂ©gion d’origine, la violence terrible de ce pays. Elle a partagĂ© ses univers : son amour fou pour les recueils de Desnos ; les ateliers qu’elle anime auprĂšs d’enfants et d’ados Ă la Philharmonie de Paris ; sa passion pour cette musique crĂ©ole, rythmĂ©e, qui l’a tant marquĂ©e et inspirĂ©e ; le mĂ©tissage qui est l’histoire de sa vie, de sa famille, de sa recherche musicale, le mĂ©tissage qui est son point d’ancrage, sa valeur, sa ressource quand le blues de l’exil l’effleure, quand les galĂšres de son quotidien de musicienne la font un instant douter.
Quand je suis ressortie dans la rue, sous la pluie qui tombait toujours, j’ai senti combien le voyage que je venais de vivre me donnait de l’Ă©nergie. Un voyage inattendu, si loin de cette pĂ©niche amarrĂ©e face Ă Notre-Dame. En regardant la cathĂ©drale illuminĂ©e dans la nuit, j’ai saluĂ©, en moi, ces artistes qui savent faire passer tant d’Ă©motions pour qu’on soit touchĂ©, qu’on s’ouvre, et qu’Ă notre tour, on se mobilise.
Pour découvrir le talent de Christine Audat :
Visitez sa page FB
Réservez pour son concert le 27 mars prochain
VidĂ©o du travail qu’elle mĂšne avec des enfants Ă la philharmonie
Enfin, vous pouvez l’Ă©couter sur toutes les plateformes de tĂ©lĂ©chargement.
