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Chronique de Nos Vies n°1 – ADRIEN, TOUT CONTRE PAULINE

Evidemment, il y a la fatigue, le corps qui se remet doucement de l’accouchement, les nuits courtes pour nourrir bébé, l’énergie que demande la mise en place de cette nouvelle vie à quatre, alors que l’ainée a tout juste 3 ans. Pauline raconte ce quotidien à ajuster, d’un ton relax. Elle est sereine, heureuse d’accueillir, avec son amoureux, un autre bébé dans leur tribu. Avec la première, il y avait de si nombreuses questions, de l’angoisse même, pour trouver les bons gestes, pour endosser ce nouveau rôle de parent. Pour le second, le chemin semble plus balisé, l’expérience donne des repères, et puis des vidéos sur le web, les livres d’Isabelle Filliozat, ont été utiles pour relativiser les « erreurs », pour mieux comprendre certains comportements, certaines émotions qui ne manquent pas d’apparaître en cours de route.

Adrien est né le 28 décembre : il m’a semblé que c’était une bonne idée de commencer les chroniques de cette année en parlant de lui, des promesses à l’aube de son passage sur terre. Alors, installée dans le moelleux du canapé, face à Pauline qui câline son nouveau-né en pyjama rouge, je l’interroge : quels sont tes souhaits pour ce petit, lui qui mènera sa vie au XXIème siècle ? Elle sourit. Pas sûre que la question se soit formulée ainsi dans son esprit. En même temps, elle est très claire sur ce qu’elle désire pour ses enfants.

D’abord, il y a ce truc qui lui tient à cœur : donner de l’espace, de l’écoute, du soutien, à chaque membre dans cette construction et solidarité familiale. Pour les deux enfants, cela signifie que leur famille doit être le terrain privilégié pour leur développement, pour être en contact avec le vivant, pour faire des expériences relationnelles, créatives, culturelles, écolos, sportives, culinaires, etc. L’idée en leur proposant cette diversité d’expériences, c’est de leur permettre de nommer leurs ressentis, de trouver pour eux-mêmes ce qui leur convient et ce qui ne leur convient pas. Découvrir ainsi leurs goûts, leurs potentiels, leurs limites, les guider pour qu’ils participent à la prise de décision, pour qu’ils se forgent une capacité à l’autonomie, pour qu’ils contribuent, petit à petit, à l’élaboration de solutions face aux challenges contemporains. Encourager leur conscience d’eux-mêmes et de leur environnement, leur montrer comment faire les bons choix en se fiant à un mélange de réflexion et d’intuition : voilà le cadre éducatif souhaité !

Fini l’éducation où l’adulte imposait des choix et l’enfant s’y adaptait. Fini l’époque où les plus jeunes étaient coupés dans leurs élans pour les obliger à rentrer dans une routine, dans le moule social, dans les exigences parentales. Dorénavant, il y a du dialogue pour que les petits disent leurs propres désirs. Pour Pauline, c’est une certitude : un enfant qui apprend à s’écouter, à penser, à s’exprimer sera ensuite capable de décider pour lui-même. Il/elle pourra ensuite fournir les efforts nécessaires pour mener sa barque, accomplir ses rêves, trouver une place dans la société en cohérence avec ses valeurs, ses talents, son fonctionnement singulier. Se connaître pour être fidèle à sa vérité et pour contribuer depuis cet endroit au plus vaste.

Adrien bouge. Il s’était endormi, il se réveille, cherche la chaleur de sa mère, cligne des yeux, repart dans les songes. Qu’est-ce qu’il pense de cette vision ? Il faudra attendre pour connaître la réponse… Je poursuis la conversation avec Pauline.

Pour les parents, proposer un cadre fondé sur le respect leur permet aussi de gagner en liberté. Pas question d’oublier leurs propres projets, pas question de se sacrifier. Pauline est heureuse de ces quelques mois devant elle pour s’occuper de son bébé. Elle sait la vulnérabilité et les besoins de cet âge. Mais, elle sera contente, au moment venu, de reprendre un job qu’elle aime, et d’aller plus loin dans ses desseins professionnels. Elle a suivi plusieurs formations dans les dernières années pour ajouter des cordes à son arc : elle a hâte de poursuivre sur cette lancée, continuer à se former, agir, assumer des responsabilités, bosser en équipe, faire face aux évolutions de son secteur. Elle a envie d’être pleinement partie prenante dans cet univers qui est le nôtre. Dans ce contexte, l’équilibre vie privée / vie professionnelle s’avère une nécessité. L’un ne doit pas prendre le pas sur l’autre. Cet objectif, elle pourra l’atteindre main dans la main avec son partenaire, dans une entraide mutuelle.

Cette fois-ci, Adrien se réveille complètement. Il a été patient, maintenant il a faim. « Tiens, me dit Pauline, tu peux le prendre ? Je dois aller chercher le coussin dans la chambre. » Je tends immédiatement les bras pour recevoir le corps si fragile, le regard si beau, la douceur si tendre de ce petit garçon qui vient de débarquer dans le monde. Oh le bonheur de sentir un nourrisson contre moi !

Et vous, vous connaissez cette sensation magique ? Et d’ailleurs, dans vos rôles de parent, grand-parent, oncle, tante, parrain, marraine, quels sont vos grands principes d’éducation ? Qu’avez-vous envie de transmettre à la génération qui vient ?  Laissez un mot en commentaire.