Auteure | Coach Littéraire

2021 Chronique V10 – VULNERABLE PARCE QUE VIVANT

Ce jour-là, dans la forêt, les chemins étaient déserts. Il avait plu, le soleil se laissait désirer, le sol se faisait gadoue et glisse. Au début, j’ai eu envie de ronchonner. L’humidité m’avait prise au dépourvu, le froid me contrariait et j’avais peur de tomber.

Mais on était là, tous les deux, après un long trajet en voiture, et les arbres semblaient nous appeler. Il aurait si dommage de renoncer… Alors on est rentrés dans le sous-bois, main dans la main, et ma petite voix intérieure, celle qui a l’habitude de geindre, s’est tue. Le choc de la beauté. Ce spectacle du vert. Toutes ces fleurs qui apparaissent au printemps et dont je ne connais pas le nom. Tous ces troncs si majestueux, droits, fiers, fidèles, et toutes ces branches couvertes de feuilles et de bourgeons, épanouies, radieuses.

On a commencé à marcher, à grimper, mon dos s’est réchauffé, mon œil s’est aiguisé pour repérer mille splendeurs, fragiles, délicates, mon oreille s’est affutée pour entendre les oiseaux, timides pour certains, enjoués pour d’autres. Entourée par leurs chants et leurs rires, j’ai senti mes poumons se délier, ma respiration devenir plus ample, mon corps plus souple, plus confiant. Évidemment, sa présence alimentait aussi ma confiance, avec sa main à laquelle j’étais accrochée, sa main pour me rattraper si mon pied dérapait. Petit à petit, est monté ce sentiment d’amour. Ce truc un peu fou, si souvent décrit qu’on s’en excuse, ce truc qui paraît un peu niais. Cet amour pour lui, cet amour pour la forêt, cet amour pour la vie.

S’est imposé le silence. Dans la forêt, à un moment, il n’y a plus rien à exprimer. Accepter d’être imbibée de son atmosphère fertile et colorée, entrer en communion avec tout ce qui murmure, chatoie, caresse. Laisser grandir ce sentiment d’amour. Cesser de se défendre de vivre cela – cet amour si intense, cet amour qui ne se réduit pas à un objet. Saisir une fois encore, là dans l’expérience tangible de la balade, qu’on ne peut rien sans amour, que c’est par ce tissu d’amour enveloppant que tout devient possible. Marcher avec cette impression si vigoureuse, si nourrissante, cette impression que j’aimerais tant partager autour de moi, cette impression que je voudrais être capable de vivre à chaque minute, quoi que je fasse, où que je sois. De l’amour nait la paix et la joie. De l’amour me vient un espoir immense pour ce monde vulnérable qui subit les convulsions d’un accouchement douloureux. En l’amour – envers et contre toute l’opacité qui guette – en l’amour, s’il ne doit rester que cela, je crois.

Et vous, l’amour, à quel endroit distinguez-vous son empreinte ?

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