Auteure | Coach Littéraire

M’Chroniques n°12 – MÉTAMORPHOSE, JE TE DIS OUI

Je me souviens du premier départ, en juillet 2002. Je n’ai pas encore 20 ans. La destination m’attire et m’inquiète. J’ai signé pour un an – un an d’échange universitaire à New Delhi. Je me suis préparée en avalant des dizaines de romans. J’ai peur de ce que je vais trouver en débarquant : la pauvreté des bidonvilles, la densité des foules, la chaleur trop forte. J’ai peur de ne pas y arriver, de ne pas supporter, de ne pas être capable de m’adapter. En vérité, la peur est le moteur de mon départ : je veux me tester, me mettre à l’épreuve. J’ai aussi besoin de fuir mon environnement familial. C’est un choix : plonger dans une réalité brutale pour oublier des blessures dont je ne cicatrise pas. L’Inde se révèlera une incroyable bonne surprise. Un coup de cœur inexplicable, le début d’une fascination qui me conduira aux quatre coins du pays. Une année extrêmement heureuse, enthousiasme des découvertes, aventure sur la route, amitiés indéfectibles. J’en suis repartie étrangement solide, restaurée, plus confiante en moi et en la vie.

Je me souviens du deuxième départ, en août 2004. J’ai 22 ans. Cette fois, je m’envole vers Boston, l’université à nouveau, une de ces facs américaines prestigieuses qui accueillent des étudiants venus de tous les continents. Je me demande si mon anglais sera au niveau, et si je serai au niveau pour les divers cours… Un semestre où je n’ai fait que lire, rédiger des présentations, participer à des groupes de travail. J’ai énormément appris, j’ai adoré la stimulation intellectuelle – une parenthèse passionnante parce que limitée dans le temps. Hors de question d’être cloitrée en permanence pour des recherches. Besoin de vivre, c’est-à-dire nouer des liens, me nourrir d’art, prendre part à des causes qui me sont chères.

Juillet 2005. C’est le troisième départ. Je ne dors pas pendant les nuits qui précèdent. Ce départ, encore une fois, est un pari et une mise à l’épreuve. Confronter mes idéaux au réel. J’ai décroché un job en ONG, à Ramallah. Sur cette terre tourmentée, embourbée dans un conflit ancien, j’ai rendez-vous avec l’Histoire au grand H. Sur le terrain, j’ai beau avoir un passeport européen, j’ai beau être de passage – chaque jour est difficile, chaque jour, je me noie. J’en reviens meurtrie et déboussolée, avec des questions existentielles qui tournent en boucle dans ma tête : pourquoi, en ce début de XXI° siècle, les hommes se font encore la guerre ? c’est quoi le sens de la vie sur cette planète ? et moi je dois faire quoi dans ce monde ? J’en reviens aussi avec une décision qui changera ma trajectoire : je vais écrire. Mon premier roman découlera en partie de cette expérience fondatrice.

Septembre 2016. Je n’imaginais pas que mes pas me conduiraient dans cette direction, après dix ans passés à Paris, dix ans à tenter de me construire une « vie normale ». Je suis tombée amoureuse d’un Catalan qui vit en Suisse. Oui, sur le papier, déjà, ça paraît compliqué. Je pars le rejoindre à Lausanne, même si je suis tiraillée par des sentiments contradictoires, et un mauvais pressentiment. Très vite, je me sens seule dans mon couple et décalée dans ce pays. Je sais que je n’y suis pas à ma place. Perdue, je me focalise sur mon métier, je réfléchis à me déployer dans mon travail. Je démarre les suivis individuels de livres, je prépare mes premières conférences. Au bout de 18 mois, je suis de retour à Paris, le cœur en miettes, mais l’esprit clair sur mes envies professionnelles.

Mai 2020. Ce départ-là, il s’est décidé en 48 heures. Dans la foulée, j’ai vendu mon petit logement parisien et j’ai cherché un nouveau nid à Marseille. Tout a été très vite, jusqu’au virus qui a suspendu l’élan. Il a fallu attendre pour prendre mes affaires et filer vers le sud. M’installer dans la cité phocéenne, c’est me donner le droit de poursuivre mes rêves, habiter dans un appartement plus grand, sous un climat plus doux, dans un rythme plus lent. C’est accueillir mon droit à être heureuse tout en donnant un espace beaucoup plus vaste à mon écriture. Je crois que je n’avais jamais choisi une destination avec le projet d’y être heureuse. J’étais tellement convaincue que pour avoir une contribution dans le monde, il fallait souffrir soi-même. Tant de fausses croyances à éliminer. Les cinq sens à l’affût, curieuse de la suite, tout me semble désormais ouvert, léger, joyeux. Cet été, j’aurai 38 ans et je suis prête à renaître, ici, au bord de la mer.

Et vous, à quelles occasions avez-vous expérimenté un processus de métamorphose ? Laissez un commentaire si vous avez envie de dire un mot sur votre propre cheminement.

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