
2022 / 19 : LES AUTRES PARTS DE SOI
Au-delà du travailleur, du parent, du bénévole dans une association, au-delà de toutes les étiquettes, de tous les discours huilés, nous avons une âme. Audacieuse, joueuse, rieuse.

Au-delà du travailleur, du parent, du bénévole dans une association, au-delà de toutes les étiquettes, de tous les discours huilés, nous avons une âme. Audacieuse, joueuse, rieuse.

Dans la forêt, à un moment, il n’y a plus rien à exprimer. Accepter d’être imbibée de son atmosphère fertile et colorée, entrer en communion avec tout ce qui murmure, chatoie, caresse. Laisser grandir ce sentiment d’amour.

Les poètes sont fondamentalement des êtres sensibles, c’est-à-dire en contact avec leurs émotions, leur époque, le vivant. Ils écrivent par nécessité absolue – leurs mots nous extraient de nos uniformes, de nos trajectoires en ligne droite, pour nous rappeler l’essentiel.

Sortir de notre savoir ignorant et prétentieux pour accueillir le divin de cette terre qui nous abrite. Passer d’une haine facile et banale à un amour sans cesse renouvelé par un œil qui admire la richesse de la vie.

Je lis et j’écris pour vivre plus vaste, pour repousser les limites de mon univers, de mon esprit, pour me nourrir de beauté, pour sentir ma poitrine se gonfler d’amour, pour être en contact avec la joie qui se loge au creux de mon ventre… et je m’adresse à des personnes qui ont ce même désir de vivre plus vaste.
Au milieu de sa journée ponctuée de soins, entre deux passages d’une infirmière, alors que ma mère consultait un médecin, je lui ai lu des poèmes. Il répétait « Que c’est beau ». Ce jour-là, j’ai appris que la poésie pouvait se faire offrande, consolation, fortifiant.
J’ai senti PHYSIQUEMENT comme mon cœur et mon âme avait besoin de cette poésie. J’ai senti que la poésie était la meilleure des antidotes à la violence de mon passé. Comme une façon, par la lumière, par l’intense douceur, par la vérité de ces textes poétiques, de me réparer.
C’est facile et c’est tentant de cultiver uniquement des liens avec de la distance, une distance qui nous laisse dans une bulle où l’autre n’a jamais accès à notre intériorité, où l’autre reste derrière une vitre où on ne le rejoint jamais complètement.

Je regarde le frère et la soeur vivre leur enfance, pleinement, gaiment, et moi-même j’oublie tout le reste, je suis avec eux, dans le vacarme de leur moment de complicité.
S’est imposé le silence. Dans la forêt, à un moment, il n’y a plus rien à exprimer. Accepter d’être imbibée de son atmosphère fertile et colorée, entrer en communion avec tout ce qui murmure, chatoie, caresse.