Auteure | Conférencière | Coach Littéraire

2021 Chronique V4 – VEILLER L’UNE SUR L’AUTRE

Vendredi dernier, ma sœur est venue. Visite improvisée. Elle avait besoin d’un refuge, quitter sa routine, son job, les obligations nombreuses, les demandes des petits ; j’avais besoin de compagnie, casser ma routine, le boulot incessant, la discipline aride, la solitude silencieuse… Elle a pris le train pour Marseille avec un minuscule sac à dos. S’échapper juste quarante-huit heures – une première pour nous, ce tête-à-tête sur un week-end.

Sous la pluie fine, devant le Mucem, devant l’étendue de la mer, boire un thé à la menthe. Débuter la conversation : tu te rappelles toi, quand on était petites ? Oublier la bruine, l’humidité qui mange les os, ouvrir la boite de Pandore. Et puis le froid qui oblige à bouger. Faire un tour aux soldes, plaisir de filles, jouer avec les vêtements. La nuit tombée, rentrer au chaud, se servir un verre, continuer la conversation, hier, aujourd’hui, les générations qui nous précèdent, celles qui viennent, évoquer les enjeux des uns et des autres, les secrets, les douleurs, essayer de remettre les choses dans l’ordre, comme pour reconstituer le tableau le plus fidèlement possible, comme pour tenter – une fois encore – une libération.

Poursuivre le lendemain, un café rapide devant le Vieux-Port, remonter vers Noailles, de menus achats, s’amuser, rire, s’émerveiller, parler, parler sans plus s’arrêter, parler comme jamais, dans une complicité qu’on croyait perdue, qu’on pensait avoir abandonné à la fin de l’adolescence, sur des photos décolorées, quand la vie nous avait placées sur des rails différents. Parler de nos métiers, nos amours, nos amies, imaginer les pages qu’on souhaite écrire dans un an, cinq, dix, se rejoindre dans nos rêves, mettre nos cœurs dans nos mots, nos larmes au coin des yeux, déverrouiller les portes, marcher dans la ville en discutant, sauter dans un bus quand le vent nous congèle, siroter une tisane, cuisiner, bricoler, lancer un film, parler jusqu’à s’écrouler de sommeil.

Finir dimanche par une dernière balade à la Bonne Mère, grignoter du pain trempé dans des œufs, ranger toutes les affaires dans le minuscule sac à dos et puis se retrouver à la gare, étourdies par toutes les phrases échangées, par le changement dans notre lien, la force de cette renaissance, prises d’une bouffée de tristesse, soudain muettes, on voudrait se serrer dans les bras, on hésite, et puis si, juste quelques secondes, nos corps qui disent la proximité, les sentiments réveillés, les adieux chagrins… Un regard, un sourire, un merci murmuré, un dernier geste de la main, s’éloigner.

A l’intérieur, sentir la chaleur, le cœur léger, l’élan pour retourner vers la routine. J’ai une sœur. Je veille sur elle, elle veille sur moi. J’ai une sœur et dans ces temps troublés, je mesure la chance que j’ai.

Et vous, qui vous fait du bien en ce moment ?

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