Auteure | Coach Littéraire

M’Chroniques n°3 – MAMMA MIA

Juillet 2019. Je suis en vacances en Espagne, au bord de la mer, seule. La nuit vient de tomber, je termine un verre, et je contemple les étoiles. Dans mon dos, un fond de musique, autour de moi des couples et des familles. Bouffée de tristesse et pensées qui tournent en rond. Sentiment d’être enfermée dans ma solitude, une solitude familière et gluante, qui me semble comme une damnation. Comme souvent dans ces moments-là, je me demande ce que je n’ai pas compris, ce que je fais mal, ce qui m’empêche de nouer un vrai lien. La rumination devient douloureuse, alors je me lève, j’abandonne les étoiles et je pars me coucher, tuer la mélancolie par le sommeil.

Le lendemain, le soleil me console et je pars me balader. À midi, j’hésite entre un sandwich et un déjeuner en terrasse. En passant devant un resto italien, je vois une femme croquer dans une pizza et me vient l’envie de faire pareil, avaler une Margherita, me régaler de mozzarella fondue et de tomate, des saveurs qui réconfortent. Je m’installe, je commande, et je sors le cahier que je trimballe partout. J’écris les réflexions de la veille, je dissèque l’émotion grise qui pèse sur ma poitrine. Je suis tellement absorbée que je fais à peine attention à la décoration du lieu, à cet homme qui m’a vue entrer et qui me dévisage. C’est le gérant du restaurant, un homme efficace, élégant, qui passe d’une table à l’autre.

Enfin, je remballe mon cahier, dévore la pizza et réclame l’addition. L’homme s’approche, me demande poliment si tout s’est bien passé puis me questionne : « Tu es ici en vacances ? Seule ? Mais comment ça se fait ? ». La suite, je ne la comprends pas, parce qu’il a basculé en italien, langue inconnue à mon cerveau. J’attrape quand même un mot,”bellisssima”, et je souris, amusée. Je me dis que je ne suis pas la première à qui il doit dire cela, je me dis que c’est à la fois sympathique et usé cet enthousiasme. Il me demande de patienter puis il revient avec la carte du restaurant sur lequel il a noté son prénom et son numéro de téléphone. « Si tu veux prendre un verre, fais-moi signe », dit-il. Je rigole et je pense, non, je ne vais pas l’appeler, je ne comprends rien à ce qu’il me raconte.

La journée passe. Je continue ma promenade, je mange une glace, je lis, et puis le soir réapparait, je rentre prendre une douche et me changer. Alors que je cherche un bijou au fond de ma valise, je bouscule mon sac à main : la carte avec le prénom et le numéro tombe. Je la ramasse. J’en fais quoi de cette carte ? Et si je lui envoyais un message pour le voir ce soir ? Sur une intuition, j’agis. Il me répond en italien, je ne comprends toujours rien, il passe en anglais, et là tout devient plus fluide. Je dois le rejoindre pour la fin du service, vers 23 heures, on ira boire un verre ensuite.

Je le retrouve donc à l’heure prévue, un peu nerveuse, un peu troublée, pas l’habitude d’agir ainsi, pas sûre de ce qui m’attend, pas complètement rassurée. Et pourtant, très vite tout va bien, l’ambiance du resto, l’atmosphère globale, j’observe l’équipe, leurs échanges, je le regarde lui, aller venir, je me détends. Finalement, il termine son travail, me tire par la main, et nous voilà dans les ruelles jusqu’à cet endroit qu’il connaît, un bar planqué sur un toit, chaleureux et romantique.

La suite ? Trois jours comme un film américain avec Julia Roberts. Je me souviens que j’ai peu dormi, je me rappelle qu’il a loué un scooter un jour pour m’emmener à la plage, qu’on a dansé une nuit jusqu’à 5 heures, je sais qu’on s’est débrouillés pour discuter en mélangeant l’anglais, l’espagnol, et des mots d’italien que je traduisais sur mon téléphone. J’ai en tête des images sous le soleil et d’autres dans sa chambre, des instants joyeux, son rire, son parfum et ses bras enveloppants. Et puis la scène finale, avant de repartir vers l’aéroport. « Je te revois quand ? » me demande-t-il. Pincement au cœur. Les idylles de vacances, faut-il les prolonger ? Et franchement comment on se recroise étant donné la distance, étant donné nos quotidiens, nos métiers, nos réalités ? Je grimpe dans le bus, j’ai l’impression d’avoir 17 ans, mais j’ai bien conscience que les promesses à nos âges ne peuvent pas bénéficier de la même crédulité… Puis je monte dans l’avion à la fois triste et heureuse de cette parenthèse enchantée.

Plus tard en août, il m’écrit, puis à nouveau en septembre, il prend de mes nouvelles, me demande quand je reviens, et lance « Je t’attends ». Moi, j’ai repris le tourbillon, je travaille non-stop, je suis revenue dans mes soucis habituels, alors je réponds, honnête, rationnelle, « Ne m’attends pas, je ne peux pas revenir ». Quelle conclusion il en tire ? Je n’en sais rien mais il ne se décourage pas puisqu’à nouveau à Noël, il m’écrit. Dans la foulée, il m’appelle, me dit qu’il n’arrive pas à m’oublier, que c’est la fin de sa saison, qu’il a deux mois devant lui et qu’il a très envie de me rendre visite pour un week-end. Têtue, je refuse, ça me semble absurde, comment recréer la magie d’une histoire d’été en janvier ? Et puis à quoi bon ?

Je raccroche et je pleure, parce que l’histoire est jolie mais trop compliquée, parce que j’aurais bien voulu mais que je n’ai pas osé, parce que la vérité, en fait, c’est que j’ai peur, peur d’être déçue, ou peur d’aimer à nouveau, ou peut-être peur d’avoir mal encore. Tout se brouille dans ma tête, dans mon cœur, et je pleurerais encore si je n’avais pas la chance d’avoir mon amie Coralie qui me voit dans tous mes états, et qui me secoue gentiment. Elle dit : « Accepte, laisse-le venir, rappelle-le ». On ne louera jamais assez l’importance de l’amitié dans une vie…. Bref, je le rappelle, on ouvre nos agendas, on fixe des dates, il prend son billet. Ensuite l’attente commence. Un mois à cogiter, et si la connexion n’est plus là, et si on n’a rien à se dire, et si et si et si…. C’est fatigant les histoires de cœur quand la tête prend trop de place.

Finalement la semaine de nos retrouvailles arrive. Puis la veille de nos retrouvailles. Puis le matin de nos retrouvailles. Je n’ai pas dormi, j’ai mal au ventre, je pars travailler, je rentre, je range, j’inspecte mon placard, on porte quoi pour revoir un homme six mois après une rencontre ? J’opte pour un ni trop sexy ni trop banal, et je me mets en route vers l’aéroport, tremblante comme une ado, tentée d’appeler une copine pour lui dire de m’accompagner, parce que les papillons dans le ventre, le cœur qui bat, les jambes pas bien solides. J’aimerais avoir la flamboyance d’une Marguerite Duras, la fierté de la petite sur le bac juste avant qu’elle voie celui qui deviendra son amant, j’aimerais avoir l’allure conquérante, je ne suis que moi et mes 37 ans, moi encombrée de mon passé, mes doutes, inquiète, fragile. Et c’est dans ce méli-mélo sentimental que soudain il surgit devant moi. Il sourit, je le rejoins, il m’enlace, l’émotion me submerge… Et si l’amour avait le goût de l’Italie ?

Et vous, en cette Saint-Valentin, quelle histoire ardente souhaitez-vous partager ?

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