
2021 Chronique V24 – VIGIES DANS LA NUIT
Je suis encore tombée. Il y avait une trappe, je ne l’ai pas vue, et comme Alice courant derrière le lapin blanc, j’ai dégringolé pour atterrir dans un lieu étrange, loin de ma vie d’aujourd’hui.

Je suis encore tombée. Il y avait une trappe, je ne l’ai pas vue, et comme Alice courant derrière le lapin blanc, j’ai dégringolé pour atterrir dans un lieu étrange, loin de ma vie d’aujourd’hui.
Au milieu de sa journée ponctuée de soins, entre deux passages d’une infirmière, alors que ma mère consultait un médecin, je lui ai lu des poèmes. Il répétait « Que c’est beau ». Ce jour-là, j’ai appris que la poésie pouvait se faire offrande, consolation, fortifiant.

Regarder, depuis la rue, la vie dans la boutique, cette vie à laquelle il n’appartient pas, lui qui n’a pas de billet à dépenser, lui qui n’a pas de papiers à présenter, lui qui n’a pas le droit de travailler dans cette ville.

Je regarde le frère et la soeur vivre leur enfance, pleinement, gaiment, et moi-même j’oublie tout le reste, je suis avec eux, dans le vacarme de leur moment de complicité.

Parler sans plus s’arrêter, parler comme jamais, dans une complicité qu’on croyait perdue, qu’on pensait avoir abandonné à la fin de l’adolescence, sur des photos décolorées.

Si tout est passager, si tout est traversée de viaduc, alors le plus gros du boulot, c’est d’apprivoiser le vertige. Résister à la peur, la méfiance, le repli, la paralysie, la nausée. Avancer et rester du côté de la confiance.

Et si l’époque nous faisait le cadeau de nous inviter à embrasser la liberté de façon radicale ? Une liberté qui se résumerait à notre essentiel… Quel est mon essentiel, comment je chemine dans son sens, comment je m’y attèle avec toutes mes forces de vie ?

Je vous souhaite de savourer chaque bulle de douceur, chaque minute de lumière, chaque instant qui vous permet de contacter votre richesse immense et de vous relier à la magie qui tourbillonne tout autour de vous.

Ce mouvement des secondes, c’est le battement de notre cœur. Tu es en vie, nous dit-il. Tu n’as qu’une vie, ajoute-t-il, un brin sérieux. Alors choisis, murmure-t-il, choisis ce que tu mets dans tes journées, dans tes pensées, dans tes projets.

Étudiantes, entre Lou et Betty, c’est un jeu. Échanger entre deux portes, entre deux cours, mine de rien, des pages photocopiées. Comme s’il s’agissait d’un produit dangereux, comme si la substance était toxique. Bouffée d’adrénaline. Leur secret, ce jeu entre elles deux.